Analyse d’album Freeze Corleone – « LMF »

Freeze Corleone a sorti son dernier album « LMF » le 11 septembre 2020. Le rappeur fait parler de lui depuis quelques mois, pourtant il est actif depuis bien des années.

Considéré comme un artiste « underground » et non « mainstream », il réussit pourtant à exploser le conteur de ventes sur son dernier projet ( 30 000 ventes en une semaine ) dépassant certains grands noms du game. Ce joli coup d’échec est remonté jusque dans les hautes instances de l’État, le qualifiant d’antisémite et d’incitateur à la haine. Pourtant, Freeze reste fidèle à lui même sur dernier projet et sa ligne directrice n’a pas changé depuis ses débuts il y a 7 ans, si ce n’est une légère ouverture d’esprit sur le monde musical qui l’entoure. Freeze ne dénigre aucune minorité par plaisir ou par ambition politique mais bien pour pointer du doigt et dénoncer l’horreur humaine dans sa généralité en passant par le terrorisme, les différents génocides, les complots, les criminels de guerres… .

Il sait ce qu’il dit et ce qu’il fait. Sa mère étant professeure d’Histoire-Géographie dans des établissement de l’éducation nationale, il a été bercé depuis petit par les dates, les écrits et l’histoire de l’Homme. Le projet LMF tire son du premier Star Wars : La Menace Fantôme, symbolisant le début d’une saga et d’une nouvelle ère ( de plus, l’histoire de Star Wars est une métaphore de la géopolitique mondiale ). Il fallait s’y attendre, le rappeur originaire des Lilas n’est pas sorti de sa zone de confort. Il avait d’ailleurs vu venir le (bad) buzz grandissant autour de son univers et de son art.

Il a donc concocté ce projet comme une carte de visite pour le grand public qui ne le connaitrait pas encore. Certains fans de la première heure ont noté une forte ressemblance entre les morceaux, avec une même recette qui perdure à travers le temps. Il se démarque cependant face à ses précédents projets : l’ouverture musicale au sein des collaborations présentes sur l’album. La secte s’agrandit, sa vision du monde aussi.

On est loin d’avoir un Ninho ou un Jul sur LMF mais l’étau se resserre. Même si Alpha Wann fait office de featuring mainstream, cette collaboration annonce une nette avancée dans l’échange musical qui ne se limite plus qu’au 667 et autres proches de l’artiste.

À noter: des collaborations avec Koba LaD et Kaaris qui sont sorties des sentiers battus et réconfortent l’idée d’ouverture du rappeur de 28 ans.En terme de tracklist, certains titres sortent réellement du lot: Freeze Raël est le premier morceau du projet. La prod est signée Flem (il a produit la majorité des intrus et a également assuré le mix du projet), c’est la plus héroïque et dramatique de l’album. Le titre du son est la contraction de Freeze Corleone et de Raël, un gourou de la secte raëlienne, Il se compare également au combattant de MMA Israel Adesanya, connu pour son excellent “kick”. Tout le morceau est, comme à l’habitude de Freeze, remplis de comparaisons lancées par des « s/o » (shoutout en anglais, qui signifie « dédicace à »).Tarkov possède une prod sombre et oppressante qui donne envie de remuer la tête dans tous les sens. Des phrases choquantes et un refrain osé parlant des Twins Towers. Un futur classique qui plonge les auditeurs dans l’univers de l’artiste. Un son classique de l’univers de Freeze Corleone à écouter sans modération.

Rap Catéchisme (feat Alpha Wann) est une collaboration attendue depuis plusieurs années sur la twittosphère, très adeptes des deux rappeurs et qui voulaient voir leurs flows se mêler. Ce sont deux artistes comparables sur le plan technique puisque tous les deux usent régulièrement de rimes multi-syllabiques. Alpha Wann est d’ailleurs un des premiers rappeurs à avoir ouvertement soutenu Freeze Corleone. En effet, il avait fait la promotion de l’album FDT de Freeze par le biais d’un post Facebook le lendemain de la sortie de la mixtape, en 2016.

Sur une prod plus cadencée que les autres sons de l’album, Big Pharma comprend un filtre sur la piste de voix du début à la fin du son. Un morceau qui plonge dans une bulle temporelle, dans laquelle l’effet sur la voix nous berce, nous endors.

C’est probablement le son le plus original du projet musicalement parlant. La première écoute de « Dans les buissons » (feat. Le Roi Heenok, Osirus Jack) peut paraitre confuse voire étrange, mais ne vous arrêtez pas sur vos aprioris et prenez le temps d’écouter, vous ne serez pas déçus ! Les flows des trois protagonistes se mêlent à merveille. Les textes sont travaillés (touche particulière à celui du Roi Heenok) et valent la peine d’être entendus et compris. Le tout sur une prod mystérieuse qui sublime ce track fort en émotion.

Quant à l’avenir de Freeze, on peut s’attendre à une forte ouverture musicale dans les collaborations mais moins dans le style. Il tient à garder son même fil conducteur ainsi que ses adeptes du début, habitués aux proses sombres de l’artiste.

C’est un personnage vu comme un parasite pour certains et un génie divin pour d’autres. Un futur qui promet d’être tout tracé mais à la fois imprévisible.

Retrouvez « LMF » sur toutes les plateformes de streaming, ainsi qu’en version physique et en téléchargement.

Max Rotenberg/ Anna Cuaz

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