Analyse d’album de Kalash Criminel – « Sélection naturelle »

Deux ans après son dernier projet polémique “La fosse aux lions”, Kalash Criminel nous dévoile son deuxième album studio : « Sélection Naturelle ». Le cagoulé le plus connu de France fait son grand retour pour le plus grand plaisir des adeptes de punchlines, mais également du grand public avec un album presque sans fautes qui maintient un équilibre entre la dénonciation politique, le rap explosif et l’accessibilité à un nouveau public. Connu pour ne pas avoir sa langue dans sa poche, le Sevranais offre 17 titres, jonglant entre airs mélancoliques ou purs bangers, tout en conservant ses fameuses punchlines crues et dénonciatrices. Ce 4ème opus met en lumière l’étendue du talent du rappeur et l’installe définitivement dans le milieu du Rap Français.       

Sur tous les titres composant l’album de presque une heure, on peut compter au rendez-vous des collaborations de haute-volée avec la présence de Damso, Niska, Jul, Nekfeu, Bigflo & Oli et le rookie 26keuss, signé dans le label Sale Sonorité de Kalash Criminel. C’est donc une grande majorité de grosses têtes du Rap Français que l’on retrouve sur l’album, ce qui annonce des titres endiablés quand on voit la fusion avec Niska ou encore des surprises comme le featuring avec Bigflo & Oli.

La cover de l’album, réalisée par Fifou, évoque l’axe politique qu’insuffle l’artiste à tous ses récents albums. On y retrouve des sujets qui touchent de près ou de loin l’albinos au grand cœur, comme la colonisation, le Congo, la politique française, le quotidien en banlieue ou encore le racisme. Le rappeur nous partage ses idéaux sans oublier ses convictions, ses racines, et ce, depuis son apparition sur la scène française en 2015 avec “10 12 14 bureau”. On observe une évolution constante de l’artiste qui porte enfin sa consécration avec cet album maitrisé à la perfection, où chacun y trouve son plaisir, initiés ou public plus large.    

Le titre “Insta Twitter” résonne de manière brute mais initie l’album en beauté. On y retrouve un Crimi comme à ses débuts, sur un morceau trap agrémenté de punchlines acérées : « La violence c’est un être humain qui dort sur le trottoir« . L’artiste nous présente une vision du monde cynique dénuée de charme, mais qui colle à sa réalité et à son parcours. Malgré des phrases choc qui abordent des sujets lourds et donc qui peuvent repousser un certain public, il fait le choix de parler à cœur ouvert de politique et de faire de son art un outil pour dénoncer de nombreuses causes. 

Le morceau “But en or”, comme son nom l’indique, fait effectivement l’effet d’une lucarne en fin de match de qualification. On y retrouve un Kalash Criminel qui s’accorde parfaitement avec Damso autour d’un flow envoûtant et une instrumentale mélodieuse. Dans ce morceau, Kalash et Damso parlent de la différence et du racisme tout en maintenant un débit endiablé et entraînant. Le refrain à la rythmique douce mais au texte dénonciateur permet au rappeur de faire passer son message avec une facilité déconcertante, le refrain nous colle à la peau même quelques jours après l’écoute. On retiendra l’entrée marquante de Damso sur le son qui, comme à son habitude, ne déçoit pas : « Kalash Crimi, Dem’s, du sale, avec ou sans mélanine » (faisant référence à la couleur de peau qui est définie par le taux de mélanine dans le corps).

“Sale Boulot”, Kalash Crimi nous raconte toute la misère et les injustices auxquelles il a été confronté tout au long de sa vie. Il porte depuis petit le rôle du « mec à qui on confie le sale boulot ». En passant par les souvenirs de son enfance, où il a été témoin de plusieurs bavures policières, il nous raconte son vécu sans filtre et son attraction naturelle à la rue et à ses problèmes.

Dans un registre similaire au niveau du texte, mais sur une prod complètement différente, il nous fait bouger sur le titre “Dans la zone” en featuring avec Jul. Le morceau mérite amplement sa place dans les playlists d’été avec sa mélodie enjouée. On tourne toujours autour du thème de la rue, cependant l’instrumentale si particulière ajoute un côté enfantin et joyeux qui crée un contraste avec des paroles telles que : “l’argent appelle l’argent, ensuite les problèmes”.

Les deux plus grandes surprises de l’album sont “Turn Up” avec Nekfeu et “Moments” avec Biglo & Oli.

Dès le début de « Turn up », le beat nous frappe directement par son agressivité et ses basses puissantes. YakesMarcelino & 999biggie ont composé une prod qui destine le banger au “turn up”. Ce qui est d’autant plus étonnant, c’est ce choix d’instru dans un son en duo avec Nekfeu qui n’est pas dans son registre habituel. On apprécie un Nekfeu se calant sur l’ambiance du morceau et qui se déchaîne : “ Braquage du rap, pas le temps de sonner l’alerte, mes ennemis ratent l’embuscade, j’suis jamais à l’heure ”. À tous les amoureux des pogos ou des 808, le son est fait pour vous.

“Moments” avec Bigflo & Oli, aux antipodes de “Turn Up”, est un titre mélancolique qui parle du rapport à la mort, à son environnement ainsi qu’à la famille. Le trio inattendu fonctionne à merveille : étant tous des grands punchliners, les 3 artistes se complètent parfaitement sur le son, tout en apportant des réflexions différentes sur ces sujets. Oli, fidèle à son image de lyriciste hors-pair, fait un petit clin d’œil à celui qui l’a invité sur le morceau : “Comme Kalash, la mort est criminelle”.

Cet album marque un tournant pour le rappeur de 25 ans. Il a su prouver qu’il pouvait rapper de tout, sur n’importe quelle mélodie, en parlant de sujets lourds ou en s’amusant sur les mélodies, tout simplement. Le rappeur maîtrise les codes du rap et le montre à son public, avec un album qui cherche à toucher une cible très variée, qui trouvera indéniablement son bonheur. L’album a par ailleurs été très bien reçu par ses fans puisqu’il cumule 10292 ventes selon la SNEP, dont 8172 en streaming, 1958 en physique et 162 en digital. Kalash Criminel laisse petit à petit sa marque sur le rap Français et ne cesse d’évoluer au fil des années, tel un diamant brut d’Afrique se polissant avec l’âge pour se transformer en joyau.

Retrouvez « Sélection naturelle » de Kalash Criminel sur toutes les plateformes de streaming, en version physique, ainsi qu’en téléchargement.

Kilian Dos Santos

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