Analyse d’album Booba- Ultra

Après plus de vingt ans dans le rap game (dont 19 années en solo), Booba a sorti le 5 mars le dixième et dernier album de sa carrière : Ultra. 

La promo du projet a débuté en octobre dernier avec la suppression de tous les posts de son profil Instagram, afin de laisser place à des publications exclusivement en rapport avec « Ultra ». 5G, le premier son de l’album, sort quelques semaines plus tard, le 5 novembre 2020. C’est le dernier épisode de la série après 3G (sur l’album D.U.C) et 4G (sur l’album Nero Nemesis). B2O sort AZERTY un mois plus tard. 

La tracklist de Ultra est balancée fin février sur Twitter (seul réseau social de Booba – avec Tik Tok depuis peu- puisqu’il a été banni d’Instagram définitivement). Celle-ci a suscité une déferlante de commentaires négatifs. Pour cause le nombre de morceaux présents sur le projets -14- dont seulement 7 sons en solo. Les 7 featurings du projet sont très peu surprenants, entre proches du rappeur et nouveaux signés de ses labels (92i, La piraterie music ou 7corp), on compte JSX, Dala, Maes, Gato, Elia, SDM et Bramsito. 

Le rappeur n’avait sorti que 7 solos également sur son album « Panthéon ». Booba s’est défendu de la sorte chez les médias. Le rappeur a également expliqué qu’il a featté avec tous les rappeurs avec lesquels il voulait collaborer. 

Pour son dernier album, Booba nous offre un opus contrasté. En effet, le DUC a tenu à démontrer toute sa palette technique une dernière fois, que ce soit sur des sons kickés comme « GP » ou
« Ultra », ou des morceaux plus mélodieux, voire chantés, à l’image de « Je sais » ou « Grain de sable ». 

De quoi plaire à un large auditoire qui a juste à choisir la version de Booba qui lui convient. Ultra contient donc toutes les facettes de la musique que le rappeur de Boulogne a pu nous proposer au cours de sa longue carrière. 

L’album débute sur le morceau GP (l’abréviation de Grande porte), produit par Mr.Punisher (qu’on retrouve sur 4G) et Chanchee & Alejandro. Dans cette intro, on retrouve un Booba kickeur, qui annonce à demi-mots qu’il clôture sa carrière et souhaite partir par la grande porte d’où le nom du titre alors qu’il y était rentré par la petite. Il nous fait donc part de son évolution et du fait qu’il parte en étant au sommet. 

Après « La zone », sorti l’année dernière, Booba collabore une deuxième fois avec SDM sur le morceau
« Bonne journée », p
roduit par OG’s. Booba se charge du premier couplet et des deux refrains, SDM quant à lui, envoie un deuxième couplet tranchant avec la voix rauque qu’on lui connait. Un premier featuring réussit pour Ultra et une jolie promesse pour la carrière du rappeur originaire de Clamart. 

« Mona Lisa » en featuring avec JSX est sorti quelques heures avant l’album. La nouvelle signature du label Piraterie Music collabore pour la seconde fois avec le Duc après POMPEII, paru seulement il y a 3 mois. On retrouve Nassi, Steeve Mad, Ani Beatz et Kayna Samet à la production (à noter que Kayna Samet était déjà présente – cette fois en featuring- sur le premier album de Booba Temps mort). Pour ce qui est du son, les deux rappeurs démontrent leur complémentarité sur une prod douce et mélodieuse aux tons nostalgiques. Le son a été clippé. Réalisé par Lionel Hirle, il a été tourné au Mexique, en haut des pyramides Maya. Des plans à l’interprétation en passant par la direction artistique, la vidéo est d’une qualité sans équivoque. Il cumule à ce jour presque 8 millions de vues. À noter : dans les premières secondes du clip, les fans de longue date ont pu apercevoir une référence à son titre « Jimmy », sorti 10 ans plus tôt. 

« Je sais » est un morceau important pour B2O. Sur une prod de Dany Synthé, le rappeur de Boulogne reprend un couplet écrit sept ans plus tôt, posé sur l’instrumentale du hit « Stay » de Rihanna. Sorti uniquement sur YouTube, le freestyle, très avant-gardiste dans les sonorités autotunées à 100%, avait complètement floppé. Cette reprise dans son dernier album est donc un joli clin d’œil et est significatif pour le Duc. Il a gardé la même composition que sur son freestyle, avec un piano-voix mélodieux. C’est par ailleurs le morceau le plus court de la carrière entière de Booba. 

Après les célèbres « 3G » et « 4G » sortis en 2014 et 2015, c’est la « 5G » qui arrive dans nos oreilles. C’est le premier son dévoilé de « Ultra ». Sur une prod de OG’s, on retrouve Booba sur un son kické, aux airs underground. Le rappeur explique dans le son que la 5G pourrait mettre fin à sa carrière (« Qui va m’arrêter ? P’t-être la 5G »), alors que dans le son 3G et 4G, il clamait son egotrip : « Je me suis fait dans la rue, qui va m’arrêter ? Pas la 3G »; « Sombre rate-pi jusqu’à Alger, qui va m’arrêter ? Pas la 4G ».
Une belle référence qui montre que Booba a su traverser les époques, évoluer avec son temps, et prouve sa longévité. 

L’olivier est une référence directe à la chanteuse Wallen, qui avait sorti un morceau portant le même titre en 2004. Après s’être occupé de Blanche et Madrina, deux hits issus de la collaboration entre Booba et Maes, Denza (beatmaker bordelais), se charge de l’instru de ce morceau atypique. Un son dans lequel Booba traite de la mort, comme Wallen l’a fait elle-même dans son morceau, évoquant ses parents défunts, qu’elle comparait à un Olivier qu’elle aimerait replanter. « Dites a Wallen, personne replantera l’olivier ». Le piano présent dans la prod accentue ce côté nostalgique que le KOPP a voulu nous transmettre. 

Un des featurings des plus attendus du projet est sans hésitation celui avec son acolyte Maes. B2O collabore une troisième fois avec le rappeur de Sevran sur « VVV » (Veni, Vidi, Vidci). Très rythmé, le titre a reçu un accueil mitigé, entre des fans lassés de la collaboration entre les deux rappeurs, et ceux qui n’ont juste pas adhéré à l’univers de celui-ci. C’est dommage car le morceau a un gros potentiel, sur une prod de Dogg SoSo & Berry Prod, on peut découvrir un des seuls morceaux dansants du projet, une probable référence aux deux tubes sortis par le duo. 

Le dernier solo de Booba présent un album porte le titre du projet: « Ultra ». C’est un des coups de cœur des fans et ceux-ci ont regretté ne pas le voir figurer en outro. Produit par Nel J, l’instrumentale est puissante, une sensation que Booba a voulu sans hésitation faire ressentir à son auditoire. Le morceau fait référence aux années de lumières du Duc, dans lesquelles il avait l’habitude d’être sombre dans ses textes comme sur les prods sur lesquelles il posait. Le son commence sur un sample de The rains of the Castamere, musique de la célèbre série Game of Thrones. Dans le son, le rappeur issu du Pont de Sèvres de livre avec poigne sur plusieurs sujets qui le touchent personnellement : le racisme, sa foi, son image et les aspects positifs comme négatifs de la notoriété. Un morceau qui figurera probablement dans les classiques du DUC. 

La dernière piste d’Ultra, Dernière fois, produite par Krims, Sam Heaven & Steeve Mad est en collaboration avec Bramsito. De vastes critiques quant à ce choix ont été adressées à Booba, qui s’est défendu en expliquant que Bramsito était le premier artiste de son 2e label (dédié à la musique urbaine) « 7 corp » avec qui il avait collaboré, et que c’était significatif pour lui de finir avec lui. Booba évoque dans le son les thèmes qui lui sont chers, pour une dernière fois, comme il le chante. Un morceau rempli de nostalgie, sentiment que Bramsito fait passer sans difficulté aux auditeurs, avec une performance vocale relevée. À noter que la prod est une double référence: à la fois à un des banger de sa carrière, Pitbull, qui est lui-même né du sample de Mistal gagnant de Renaud, la chanson préférée de Booba. 

L’album Ultra a su convaincre les différentes réticentes et a ravi les fans du rappeur boulonnais. Avec autant de rookies présents sur son dernier projet, Booba met fin à sa carrière en passe le flambeau aux générations futures, celles qu’il considère comme la relève. Pour ce qui est des résultats ? Ultra a été le meilleur démarrage de 2021 seulement avec des versions digitales (détrôné par la suite par SCH avec JVLIVS II). Pour éviter toutes possibilités de leaks, le management de Booba a décidé de retarder les versions physiques du projet, le rappeur du 92i a donc comptabilisé 39 118 ventes en une semaine, dont 35 922 en streaming et 3 196 téléchargements. De plus, les 14 titres se sont tous placés dans le top 15 singles d’Apple France. Même s’il s’agit du dernier album de Booba, il a avoué qu’il n’arrêtait pas la musique pour autant. On aura donc l’occasion de retrouver B2O sur des featurings ou des singles solo. Il va principalement axer la suite de sa carrière dans la production d’artistes via ses différents labels. Le Duc a également avoué dans les médias qu’il était en préparation d’une série de 4 saisons qu’il réalisera et dans laquelle il jouera également les acteurs. Le rappeur de 44 ans ne prend donc pas sa retraite et continuera pendant encore quelques années de faire parler de lui, comme il le dit lui même: « On en a pas encore fini avec le Duc »… 

En attendant, retrouvez « Ultra » sur toutes le plateformes de streaming ainsi qu’en téléchargement et désormais en version physique. 

Alexandre Bou Fayssal & Anna Cuaz

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