Analyse d’album Youssoupha – NEPTUNE TERMINUS

Presque trois ans après la sortie de Polaroid expérience, son dernier album studio, Youssoupha revient le avec son nouvel album Neptune terminus, paru le 19 mars.

Le producteur de Naza et Keblack revient avec un album axé rap pour satisfaire son public, toujours aussi fidèle après toutes ces années.

Pour cet album composé de 14 titres (+ deux sons bonus présents dans les versions physiques), Youssoupha a invité 6 artistes qu’il écoute et respecte : Gaël Faye, Lefa, Dinos, Josman, Imani et Jok’air. 

Sur ce projet, on retrouve principalement des morceaux kickés, avec des refrains chantés. Des sons plus émouvants sont également présents comme « Solar Pleure », « Gospel », ou encore « À chaque jour ».

Le rappeur de 41 ans veut montrer qu’il est resté actuel et le montre notamment par la promotion de son projet. Il a dévoilé sa tracklist d’une façon assez originale : on a pu retrouver chacun des titres de l’album sur son site internet : https://www.youssoupha.shop/fr-fr/neptune-terminus . Arrivés sur la page d’accueil, on entre dans la constellation Neptune Terminus, avec plusieurs étoiles qui sont associées à chaque morceau de l’album (avec à chaque fois un court extrait des sons). La cover du projet est réalisée par le légendaire Fifou (qui a travaillé avec lui sur le clip de « Solaar Pleure »). Attention spoiler : le projet est une réussite. Comme à son habitude Youss nous gâte en terme de punchlines, avec des textes qu’il faut écouter à plusieurs reprises pour en comprendre la profondeur.

Youssoupha revient avec « Astronaute », premier extrait de l’album, sorti début février 2021.

Le clip, réalisé par Black Anouar est très qualitatif. Les effets spéciaux, les tableaux et la direction artistique y sont très travaillés. Celui-ci cumule à ce jour plus d’1,8 millions de vues sur sa chaîne YouTube. On y retrouve un Youssoupha charismatique, sûr de lui avec sa plume légendaire qu’on lui attribue depuis ses débuts. 

« Solaar pleure », le deuxième extrait de l’album, est un des morceaux les plus touchants du projet. Il a été composé par ILLNGHT, Traxx et Medeline. On retrouve sur le morceau un BPM assez rapide, qui pourrait renvoie à l’époque trap, ce qui impose au rappeur de 41 ans de tenir un débit élevé tout le long du morceau. Celui-ci est décomposé en couplets rappés, coupés par un refrain chanté.

Le titre du morceau reprend le titre de MC Solaar sorti en 2001, il est donc une référence pour Youssoupha. Dès le début de sa carrière, il a été considéré comme le nouveau Solaar, rappeur avec une plume remarquable. Malgré le fait qu’il soit honoré de la comparaison, ce morceau est une revanche pour dire qu’il n’a pas besoin qu’on lui colle une étiquette. Outre cet hommage, Youssoupha a fait une référence directe à des covers iconiques du rap français. Avec l’aide du photographe Fifou (à l’origine de la majorité de ces pochettes d’albums), il a repris dans son clip :

Suprême NTM de Suprême NTM (1998), Dans la légende de PNL (2016), Le Chant des sirènes d’Orelsan (2011), Commando de Niska (2017), Le combat continue d’Ideal J (1998), Noir Désir du rappeur lui-même (2012), UMLA d’Alpha Wann (2018), et Quelques gouttes suffisent d’Ärsenik (1998).

À noter qu’en plus de l’originale, ces neuf pochettes sont à retrouver en version vinyle collector. Le rappeur Congolais n’en est pas à son premier coup d’essai dans les hommages au rap français, puisqu’il avait déjà fait preuve de créativité dans son morceau intitulé “Chanson française” sortie en 2015.

Sur une prod composée par Medeline, Traxx et Cehashi, Youssoupha invite Lefa et Dinos pour une collaboration inattendue mais très intéressante sur le titre « Kash ».

Ils ont sorti le 19 Mars dernier le clip du morceau, réalisé par Léo Joubert. La vidéo correspond parfaitement à l’ambiance livrée dans le son, mais surtout au mélange d’univers des trois artistes. C’est une collaboration très réussie et maitrisée, dans laquelle Youssoupha rajeunit particulièrement son style, il joue avec l’autotune et la manie à la perfection. 

« A chaque jour » en collaboration avec Imani est le dernier morceau de l’album. Composé par Imani lui-même, le son est rempli de sonorités africaines. Le rappeur congolais parle ici de sa culture et de la discrimination présente en France. Avec un message très fort, c’est un des titres les plus poignants du projet. Youssoupha fait un clin d’œil à plusieurs artistes comme à Medine quand il rappe « Et puis, quand j’allume un feu, j’dis qu’c’est la faute aux allumettes ». En 2017, le rappeur du 76 sort “Allumettes”, dont le refrain commence par : Quand t’allumes un feu, ne dis pas “c’est la faute aux allumettes”. Il apporte son soutien à Aya Nakamura vis-à-vis des nombreux commentaires racistes auxquels elle a dû faire face tout au long de sa carrière : « J’fais du rap, musique de noir, ils m’ont rebaptisé “pop urbaine”. Faudra bien du courage, ça sent l’racisme, comme les commentaires d’ici sur Aya Nakamura ». Le morceau clôture donc parfaitement l’album et laisse l’auditeur sur une réflexion, l’essence même du rap conscient, dont l’artiste est un des adeptes.

Youssoupha a montré, par le biais de ce 6e album studio, qu’il était capable de s’ouvrir à la nouveauté et qu’il était capable de diversifier son style. Le rappeur maintient tout de même son univers propre, qui fonctionne depuis plus d’une décennie chez sa communauté. Comme il l’explique à Mehdi Maïzi dans « Le code », Youss ne compte pas prendre sa retraite de sitôt et veut s’imposer dans la longévité. Le projet a fait un bon démarrage puisqu’il cumule 5 752 ventes en première semaine selon la SNEP, dont 2 419 en streaming, 274 téléchargements et 3 059 en physique. Sa communauté, une génération adepte du physique a confirmé au rappeur qu’ils étaient toujours au rendez-vous, pour son plus grand plaisir.

Retrouvez « Neptune Terminus » sur toutes les plateformes de streaming ainsi qu’en version physique et en téléchargement. 

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