Analyse d’Album Kaaris : Château Noir

Kaaris a fait son grand retour le 26 mars dernier avec la réédition de son album “2.7.0”, une mixtape intitulée “Château noir”. On y retrouve la figure de Sevran comme à son âge d’or (en 2013 et 2014) sur les projets maintenant iconiques “OR noir” et “Or noir part 2”.

“Château noir” est composé de onze nouveaux titres qui viennent s’ajouter au projet précédent. Dans la mixtape, on retrouve un Kaaris en solo. Le Sevrannais entame un vrai retour aux sources en nous délivrant un projet qui tourne majoritairement autour du registre de la trap sombre. Le rappeur renoue avec ses origines et nous fait cadeau d’une réédition qui ravira tous les fans de la première heure. 

Produit entièrement par le groupe de beatmakers “Therapy”, la réédition répond à l’attente des fans malgré le manque de promo et de communication sur la sortie de celle-ci. La cover, réalisée par le graphic designer @enzo_trupi annonce la couleur du projet: on retrouve un Kaaris dans l’ombre, très peu illuminé , excepté par un lustre en arrière-plan, marque de luxure, faisant référence directe au titre du projet.

Le morceau “Château Noir”, qui porte le titre de la mixtape, est la figure de proue de ce projet. Le titre, qui comptabilise 4 millions d’écoutes sur Spotify, est un véritable banger. Kaaris l’interprète avec une facilité déconcertante, comme si ce n’était qu’une formalité. La trap sombre est le registre préféré de l’artiste. Il le pratique depuis des années et le manie très aisément. Le titre fait office d’une bonne entrée en matière pour ceux qui ne connaissent pas le Dozo et qui souhaitent découvrir son univers. Ris-kaa ne nous ménage pas sur ce titre bourré de punchlines crues, une recette qui reste indémodable pour lui. “Tous les matins, j’effrite une tête, j’guette la quête et les pépettes La frappe change l’ordre des planètes, j’vois v’nir les baqueux comme Tenet”.

“Monte Carlo” est l’un des titres sortant du lot dans cette réédition. Kaaris adopte un débit plus calme et des paroles plus profondes sur une instrumentale mélancolique. On pourrait comparer ce titre au son “Or noir”, qui partage quelques similitudes en terme d’ambiances. Cependant, K2A fait preuve d’originalité en adoptant un flow presque soufflé, avec un timbre de voix beaucoup plus grave qu’à son habitude. Le résultat est concluant, car on ressent vraiment une intensité décuplée à l’écoute du son. Malgré ses 8 ans de carrière, Kaaris parvient toujours à nous surprendre en s’essayant à de nouvelles pratiques sans avoir peur d’une réaction négative de son public. “J’respecte ma mère et la mère de ma lle-fi La main qui donne est au-dessus d’celle qui mendie”.

Le morceau “Rosé”, à l’instar de “Monte Carlo”, est un titre qui ramène Kaaris sur un terrain qu’il connait bien, avec une instrumentale aux sonorités au combien reconnaissables pour les fans de l’artiste. Le rappeur réussit la prouesse de combiner une voix pitchée dans les aigus, un flow dynamique et des punchlines à la volée. C’est un Kaaris sans artifices qui se présente à son auditoire, avec un son purement égotrip mais qui résonne comme un hommage à cette époque, dans laquelle le rap de rue était prédominant dans la culture hip-hop. “J’rentre dans le binks avec dans le fute: des grammes On graisse le canon, on affûte les armes De l’alcool dans la gorge, dans les yeux: des flammes”.

La mixtape se clôture en beauté sur le titre “Pégase” qui, en plus de marquer la fin du projet, fait une référence directe à son album “2.7.0”. Sur ce morceau, Kaaris revient sur son parcours, ses difficultés et son train de vie. Entremêlé par des punchlines du début à la fin du morceau, le texte y est beaucoup plus réfléchi. Ris-kaa monte en intensité tout au long du son, en adéquation avec l’instrumentale, qui monte également crescendo dans sa mélodie. L’ambiance y est presque mystique, avec l’ajout d’un chœur de voix dans la deuxième partie du son. On entend la marque de fabrique de l’artiste à la toute fin du titre, qui prononce son nom dans un ad libs tonitruant, marquant la fin du projet. “J’ai connu le home-studio, Le frigo vide, la casserole sur le réchaud. Le grec du poto où t’as droit qu’à deux crocs, La daronne qui fait la queue chez Adecco”.

Kaaris nous prouve encore une fois qu’il a toujours sa place en tête d’affiche avec une réédition qui fait hommage à son début de carrière. Le Sevrannais nous montre qu’il n’a pas perdu la main et encore moins la voix en nous délivrant un projet digne des attentes de ses fans de longue date. Le projet, qui ne comptabilise aucun featuring, n’a pas empêché le Dozo d’écouler 5 811 exemplaires en une semaine avec 5 238 ventes en streaming, 140 en digital et 433 en physique. Un score honorable pour une simple réédition d’album. Kaaris n’a pas à en rougir malgré les nombreuses piques du D.U.C à ce sujet. 

Dans l’attente d’un prochain album du Dozo, retrouvez « Château Noir » sur toutes les plateformes de streaming ainsi qu’en version physique et en téléchargement.

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